Le tramway vicinal entre Lierneux a progressivement remplacé la malle poste qui reliait Vielsalm à La Roche. Il a été inauguré en 1904 et retiré de service en 1958, automobile oblige…
Voici le plan original du tracé du tramway Vielsalm–Lierneux :
Pourquoi parler ici du tramway Vielsalm–Lierneux à propos de Regné ? Tout simplement parce que le tracé du tramway reliant ces deux communes aurait dû passer par Regné à l’époque.
« Il paraît — plusieurs témoins me l’ont rapporté mais ce n’est noté nulle part, semble-t-il — qu’un projet prévoyait de passer par Regné puis de redescendre par les Longs-Sarts. Mais un habitant du village, un certain Herman, qui avait le bras long, prétendit que les bœufs atelés s’effraieraient au passage du tram et on trouva un autre tracé ! »
Joseph Gavroye (voir Le chantre de Regné) nous livre également un texte à propos du tramway Vielsalm–Lierneux :
À propos du vicinal Lierneux–Vielsalm
C’est à l’école primaire de Regné, fin des années 1930, que j’ai appris que le vicinal de Vielsalm à Lierneux avait été inauguré en 1904.
Les anciens racontaient que le projet pour l’installation de cette ligne prévoyait le passage par Regné. À cette époque, un habitant du village exerçait un mandat politique à la commune de Bihain. Il ne voulut jamais admettre la chose et fit pression pour en empêcher la réalisation. Il prétexta que ses bovins et sa volaille seraient grandement dérangés dans leur vie paisible. À cause de son entêtement, il privera ainsi toute la population de Regné des bienfaits et des avantages de ce mode de transport public. Au contraire, les gens seront contraints de faire le déplacement de deux kilomètres pour utiliser le tram.
Cela se passait hélas de cette manière en Haute Ardenne en ces temps-là.
Cependant, bien que situé à cette distance, ce moyen de locomotion sera fort apprécié dans la région. Cette nouvelle infrastructure sera construite à travers la campagne environnante. Toutefois, le point d’arrêt le plus proche, bien que situé à Hébronval, portera le nom de Bihain. Pourquoi avoir repris les noms de ces deux localités, alors que toutes deux étaient éloignées ? Probablement ces villages étaient-ils plus importants que Hébronval, qui n’était à cette époque qu’un hameau…
Le moyen de transport était assez révolutionnaire. Des voitures étaient prévues pour les voyageurs avec des horaires établis. À certains moments, les convois pouvaient comprendre des wagons de marchandises. Ces derniers étaient utilisés principalement pour le transport des bois. À cette fin, des voies de garage étaient prévues pour y ranger des wagons vides mis à la disposition des entreprises du commerce des bois. Par exemple, des quais étaient aménagés permettant l’entreposage des résineux en provenance de nombreuses forêts du haut plateau. Certains de ces résineux étaient découpés soit en bois de mine destinés aux charbonnages, soit aux papeteries. D’autres, de plus gros volume, étaient chargés sur des wagons spéciaux pour être acheminés vers la gare de la S.N.C.B. : tous les produits devaient être transbordés, ce qui occupait des équipes d’ouvriers spécialisés dans ce genre de travail.
Pendant la guerre de 1940-1945, des wagons à bestiaux serviront au transport d’animaux destinés au ravitaillement. En effet, à certaines dates, un marché se tenait à Vielsalm afin de répondre aux ordres de réquisition. Pendant la même période, du charbon était acheminé et destiné aux villageois en tenant compte d’un rationnement établi. Des commerçants spécialisés prévenaient leurs clients de l’arrivage et du temps de chômage imparti à chaque wagon sur quai. Les gens se rendaient aux jours prévus pour acquérir et prélever la ration qui leur était attribuée. Presque chaque jour, des rames de wagons étaient formées en récupérant des wagons vides ou chargés de bois et circulaient sur la ligne entre les horaires des voyageurs. Dans le cas où la demande n’était pas trop forte, quelques rares wagons de marchandises faisaient alors partie du convoi des voyageurs.
Quelques années avant la guerre de 1940, un autorail sera utilisé pour le transport des voyageurs. Il s’agissait d’une voiture motrice propulsée par un moteur Diesel. Ce genre de matériel était déjà un luxe par rapport au vieux tram à vapeur. Un certain confort existait, ainsi qu’une plus grande rapidité dans les déplacements. Cet autorail était équipé d’un avertisseur sonore spécial. Avant son arrivée au point d’arrêt, le conducteur actionnait ce klaxon, lequel émettait un bruit composé de deux notes. La population disait, en ironisant, qu’il appelait « deux francs, deux francs »… probablement le prix à payer pour un certain voyage. Comme il était déjà plus moderne, ce matériel pouvait atteindre une meilleure vitesse de croisière, mais les voyageurs subissaient un léger ballottement probablement dû au système de stabilisation. Personnellement, j’utilisais de temps en temps cet autorail, bien que ce dernier ne roulera pas pendant la guerre à cause de la pénurie de carburant. Le bon vieux tram à vapeur devra reprendre du service. Sa chaudière était alimentée au charbon, suivant un système identique à celui des locomotives des chemins de fer, toutes proportions gardées. Lors de ces randonnées, il laissait échapper un panache de fumée. Il possédait un sifflet actionné à l’aide de la vapeur, qui émettait un bruit strident. Je me souviens que les paysans de Regné occupés dans leurs champs connaissaient les horaires du tram. Chaque jour, vers 11 h 45, un long sifflement annonçait l’arrivée du convoi à l’endroit dit « amon tchip » (1), à l’extrême nord-est d’Hébronval : ce point était surélevé et dominait toute une large campagne en cuvette. C’était le signal pour arrêter les travaux de la matinée et rentrer avec les attelages pour le repas et la pause de midi : c’était une habitude acquise par beaucoup.
Comme toutes autres choses, le vicinal subira aussi les effets de la Bataille des Ardennes. Il fallut reposer les voies en de nombreux endroits là où la mitraille avait fait son œuvre. Pendant de nombreuses semaines, les habitants seront privés de ce moyen de locomotion. Finalement, tout devait rentrer dans l’ordre. Le vieux tram reprendra sa besogne comme auparavant. Toutefois, dès que le rationnement sera terminé, l’autorail pourra aussi être remis sur rail, le mazout étant à nouveau disponible. Il assura le service voyageurs comme avant-guerre. La locomotive à vapeur, de son côté, s’occupera de tirer les wagons de marchandises tout en profitant des temps libres entre les horaires voyageurs. Elle aura aussi pour tâche, par fortes chutes de neige, de procéder au dégagement des voies. Pendant les périodes hivernales, il arrivait parfois que la ligne soit inutilisable pendant plusieurs jours. Comme certains tronçons se trouvaient encaissés, les congères empêchaient le passage. Dès que le temps le permettait, la brave locomotive à vapeur essayait de se frayer un chemin. Une équipe de « cheminots » l’accompagnait afin de dégager les endroits les plus encombrés de neige. Ce travail durait parfois des jours et des jours.
En parlant des ouvriers du vicinal s’occupant de l’entretien de la voirie, je me rappelle qu’ils étaient en possession d’un petit wagonnet où ils disposaient leurs outils. Cet engin, assez rudimentaire, était équipé d’essieux avec roues en fer au gabarit de la voie. Je me souviens les avoir vus en fin de journée redescendre en toute indépendance la ligne du tram depuis Hébronval jusqu’à la station de Lierneux. Je suppose qu’ils disposaient d’un système de freinage. Pour la montée, le matériel devait probablement être accroché à un convoi normal. Lorsqu’ils étaient sur chantier, l’engin devait être enlevé manuellement de la voie.
Personnellement, j’utiliserai de temps à autre le tram ou l’autorail lors de mes déplacements de Regné à Vielsalm. C’était pratique et populaire, et présentait l’avantage que les horaires correspondaient avec ceux des trains à la gare de Vielsalm.
La dernière fois que j’utiliserai l’autorail, lors d’un retour de Liège en train, je vivrai un incident que je n’oublierai jamais. Nous étions en compagnie de mon épouse et des enfants. Au départ de Vielsalm, nous prîmes place sur les sièges vers la partie centrale du véhicule. Le convoi se mit en marche. À peine avait-il pris son élan que le conducteur dut freiner brusquement pour une raison que j’ignore. Une jeune demoiselle restée debout vers l’avant fut du coup désarçonnée et expédiée vers l’arrière du compartiment pour tomber, heureusement sans trop de mal, dans les bras d’un voyageur éberlué. Tout le monde rigola, mais la chose aurait pu mal tourner. C’était la preuve que tout n’était pas parfait, mais cela rendait bien des services à la population de toute une région.
Vers les années 1960, l’automobile prit une grande extension et vint détrôner ce bon vieux moyen de locomotion qu’était le tram de nos campagnes. Il avait fait ses preuves pendant plus de cinquante ans en véhiculant les personnes et les marchandises entre Lierneux et Vielsalm. Il aura été à la base de toute une évolution pour le bien-être et le mieux vivre de toute une région de la Haute Ardenne.
Le tout disparaîtra, le matériel ainsi que la voie ferrée, pour faire place à des moyens plus adaptés à notre temps : un service voyageurs par autobus subsistera, avec cette fois le passage à Regné, ce qui compensera cette lacune volontaire appliquée depuis plus de cinquante ans.
(1) Amon Tchip : chez Octavie Gaspard.
Joseph Gavroye
Pour en savoir plus :
• Ligne de tramway 499 — Wikipédia
• L’ancienne ligne du tram — Commune de Lierneux
• Le vicinal Vielsalm–Lierneux — Blog de Vielsalm
• Ligne 499 — rail.lu
• Ligne 499 Vielsalm–Lierneux — Chemins du Rail
De buurtspoorweg tussen Lierneux verving geleidelijk de postkoets die Vielsalm met La Roche verbond. Hij werd ingehuldigd in 1904 en uit dienst genomen in 1958, de auto verplicht het zo…
Meer informatie:
• Tramlijn 499 — Wikipedia
• De oude tramroute — Gemeente Lierneux
• De vicinal Vielsalm–Lierneux — Blog van Vielsalm
• Lijn 499 — rail.lu
• Lijn 499 Vielsalm–Lierneux — Chemins du Rail
The light railway to Lierneux gradually replaced the mail coach that linked Vielsalm to La Roche. It was inaugurated in 1904 and taken out of service in 1958, as the automobile made it obsolete…
Further reading:
• Tramway line 499 — Wikipedia
• The old tramway line — Municipality of Lierneux
• The Vielsalm–Lierneux light railway — Vielsalm blog
• Line 499 — rail.lu
• Line 499 Vielsalm–Lierneux — Chemins du Rail
Die Kleinbahn nach Lierneux ersetzte nach und nach die Postkutsche, die Vielsalm mit La Roche verband. Sie wurde 1904 eingeweiht und 1958 außer Betrieb genommen, das Auto machte sie überflüssig…
Weitere Informationen:
• Straßenbahnlinie 499 — Wikipedia
• Die alte Tramstrecke — Gemeinde Lierneux
• Die Kleinbahn Vielsalm–Lierneux — Blog von Vielsalm
• Linie 499 — rail.lu
• Linie 499 Vielsalm–Lierneux — Chemins du Rail